Jean-François Gagné is a serial entrepreneur in the software industry, founder and CEO of the company Element AI.

Cartographie de l’écosystème canadien de l’IA

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Mise à jour: 25 avril 2018: Nouveau rapport pour 2018 disponible ici.

Mise à jour: La semaine dernière, j’ai publié une première version de la carte de l’écosystème canadien en IA, à laquelle nous avons ajouté de nombreux éléments. Bien que le modèle soit toujours incomplet, j’ai pensé qu’il était important de mettre la carte à jour pour insister sur le fait que l’écosystème est en constante évolution. Depuis la première publication, notre carte est passée de 160 à 550 start-ups.

J’ai créé une carte de l’écosystème canadien de l’intelligence artificielle, carte que j’ai dévoilée pour la première fois lors de mon discours sur la scène principale de C2 Montréal. Comme promis, je la publie dans ce billet.

Compte tenu de l’évolution rapide de l’industrie, la carte est appelée à changer constamment. Je publierai des mises à jour au fil des changements. Si vous voulez y ajouter quelque chose, écrivez-moi!

Le bassin de talents pour la recherche en intelligence artificielle (IA) est petit. Au bureau, nous avons compté environ 5 600 chercheurs dans le monde qui ont une influence sur le terrain. Compte tenu de la petitesse de ce bassin, il est important que les parties prenantes de l’industrie tissent des relations et partagent leur savoir afin de créer un écosystème favorisant les progrès en IA et nous permettant de mieux nous spécialiser.

Ces dernières années, l’écosystème canadien de l’IA était plutôt fragmenté. Chacun essayait de se placer en tête de peloton. Des villes comme Montréal, Vancouver et Toronto se présentaient comme les terres d’accueil idéales : bonne qualité de vie, soutien financier, grande accessibilité du capital de risque, présence d’éminents chercheurs, etc. Elles avaient à peu près toutes le même message : nous avons ce qu’il faut pour devenir la nouvelle capitale de l’IA.

Jusqu’à tout récemment, le Canada n’était pas un acteur important sur la scène de l’intelligence artificielle. Les États-Unis avaient pris le premier rôle (certains évoquaient même un « monopole stratégique ») tandis que la Chine et le Japon tenaient les deuxième et troisième rôles. Là où le Canada brillait, c’était en recherche fondamentale. Grâce à la volonté du gouvernement canadien d’investir dans des projets longs et complexes, nos universités ont été la scène de certaines des grandes percées qui ont mené à l’apprentissage profond et à l’apprentissage par renforcement, deux des plus importantes innovations en IA jusqu’à présent. Nos grandes universités forment par ailleurs parmi les meilleurs spécialistes en intelligence artificielle sur le globe. Cependant, faute d’un marché concurrentiel au Canada, la plupart d’entre eux prennent la direction du sud pour se faire embaucher par les géants de Silicon Valley.

C’est ici qu’entre en jeu le nouveau financement annoncé par Ottawa, Queen’s Park et Québec. Les trois gouvernements ont choisi de soutenir massivement le secteur de l’intelligence artificielle en octroyant respectivement 125, 50 et 100 millions de dollars à la recherche.

Edmonton, par exemple, a reçu 35 millions de dollars d’Ottawa – alors que Vancouver, qui compte pourtant cinq fois plus d’entreprises en démarrage, n’a pas reçu un sou. Pourquoi? C’est qu’Edmonton accueille le laboratoire de Richard Sutton, l’Amii, lieu de grandes recherches porteuses en apprentissage par renforcement. Par ailleurs, il est de notoriété publique que Vancouver est une ville inabordable pour un professeur-chercheur, ce qui en force beaucoup à la quitter pour des universités ou des entreprises établies ailleurs.

Le reste du financement gouvernemental ira bientôt à la fondation d’entreprises de technologies, dont la pierre d’assise est la recherche universitaire de pointe. Edmonton a une occasion en or de créer son écosystème de nouvelles entreprises avant que le financement par capital de risque ne soit réellement accessible.

Pour l’instant, c’est la recherche qui constitue l’avantage canadien, et il est important de conserver cet atout avant que notre écosystème de jeunes entreprises n’arrive à maturité. Mais pour devenir de grands joueurs sur le marché de l’IA, la recherche ne suffit pas. Voilà pourquoi nous ne pouvions ignorer Vancouver sur la carte : véritable pépinière d’entreprises, la ville a en outre des liens économiques historiques avec l’Asie de l’Est, où l’industrie de l’IA est en pleine ébullition.

Des investissements de plus de 1 G$ dans la dernière année

Si nous additionnons tous les chiffres disponibles concernant les investissements dans le domaine de la recherche en IA (y compris le financement gouvernemental additionnel, comme les 93,5 millions de dollars octroyés à IVADO par le Fonds d’excellence en recherche Apogée Canada en septembre dernier, ainsi que les fonds privés investis dans des laboratoires publics ou semi-publics), nous arrivons à la somme de près de 500 millions de dollars d’un océan à l’autre.

Une hausse des investissements par capital de risque dans les jeunes entreprises au cours de la dernière année, selon Pitchbook et Crunchbase, vient ajouter environ 350 millions de dollars. Il ne reste qu’à additionner les montants estimés des acquisitions et des investissements non dévoilés du côté des laboratoires privés, soit environ 280 millions de dollars, ce qui nous mène bien au-dessus de la barre du milliard de dollars investis pour cette période.

Par ailleurs, si nous considérons les domaines connexes à l’IA, par exemple les mégadonnées, l’infrastructure nuagique et autres, le total monte encore. On dit qu’à elles seules, les activités de recherche et développement dans le secteur des mégadonnées sont financées à hauteur de 900 millions de dollars par année, tandis que les investissements en infrastructure reliée à l’IA au cours de la dernière année sont estimés à environ 350 millions de dollars.

Pour un pays de la taille du nôtre, c’est énorme. Nous ne sommes pas les seuls dans la course à l’IA : le gouvernement britannique a annoncé des investissements de 20 millions de dollars pour donner un coup de pouce à son secteur de l’IA déjà bouillonnant, la France a lancé sa stratégie nationale en intelligence artificielle, la Chine a promis plus de 2 milliards de dollars pour l’IA, et les États-Unis ont prévu un financement direct de 175 millions de dollars, pour ne donner que quelques exemples.

Renverser l’exode des cerveaux

L’une des plus grandes critiques formulées à l’égard de l’écosystème canadien de l’IA est l’exode des cerveaux. Tous sont déjà partis chez nos voisins du Sud, car Silicon Valley attire irrésistiblement les talents du monde entier. Mais cela n’a jamais été entièrement vrai, et je pense que ce sera encore moins vrai au cours des prochaines années.

La force d’aimantation de Silicon Valley émanait de son écosystème, composé de grandes entreprises et de jeunes entreprises alimentées par le capital de risque, et de son secteur de la recherche, source des innovations qui propulsaient les grandes entreprises. Il y a quelques années, l’écosystème du Canada n’était pas assez développé pour lui faire concurrence. Notre aimant à talents était assez puissant pour attirer des cerveaux de partout dans le monde, mais pas assez pour retenir la crème de la crème de nos diplômés universitaires.

Avec les investissements en recherche des gouvernements fédéral et provinciaux et des grandes entreprises technologiques, il est de plus en plus facile d’attirer des forces vives au Canada. Pour notre part, nous serions très heureux de faire exploser le nombre de chercheurs au pays. Mais nous avons aussi à cœur d’accroître le nombre de nos collaborateurs. Comme nous ne pouvons pas convaincre tout un chacun de déménager ici, la recherche collaborative et la création d’un écosystème mondial sont la voie de l’avenir.

Le domaine de l’intelligence artificielle a déjà une formidable culture de science ouverte et de collaboration. C’est en nous attaquant aux grands problèmes de manière collective que les résultats profiteront au plus grand nombre. Et nous en récolterons les fruits quand, sur les cartes comme celle-ci, les liens entre les villes franchiront les frontières.

Mille mercis à Yoan Mantha pour tout son travail sur ceci.

Quand le bruit devient source d’information – 2e partie

Quand le bruit devient source d’information – 2e partie

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